Où sont passés les 3000 lits de réanimation promis par l’état?

189 patients atteints de Covid-19 étaient en réanimation. Les différentes déclarations de responsables annoncent que les services de réanimation sont saturés ou en voie de l’être. Où sont passés les 3000 lits de réanimation annoncés en mars?

Depuis le 2 février dernier, un mois avant la détection du premier cas au Maroc, la Fédération Nationale d’anesthésie réanimation, la Société marocaine d’anesthésie, d’analgésie et de réanimation et la Société Marocaine de médecine d’urgence se sont distinguées par leurs recommandations, études, anticipations scientifiques et organisationnelles.

Les réanimateurs insiste sur le fait que nous sommes dans une situation difficile et que nous devons optimiser les moyens pour éviter le maximum de décès et de dégâts. Et qu’il faut voir chaque jour quel est le nombre de guérisons et donc les personnes qui ont été épargnées grâce à cet effort collectif.

Cela étant précisé, il nous rappelle que le secteur public au Maroc compte 200 réanimateurs qui sont dédiés à l’anesthésie, la réanimation, aux urgences sans oublier des tâches administratives et de gestion. La Santé publique devrait disposer de 1.000 spécialistes dédiés exclusivement à la réanimation, estime-t-il.

Malgré ce besoin très élevé, nous apprenons de source médicale à Casablanca que seuls trois postes de réanimateur sont ouverts pour l’année prochaine dans le cursus de formation.

Combien faut-il de réanimateurs par lit de réanimation? Les réanimateurs répond que dans une petite unité de 10 à 12 lits de réanimation, il faut 6 réanimateurs pour assurer la continuité des soins. En d’autres termes, pour les 3000 lits, on a pensé semble-t-il aux équipements, aux respirateurs, mais pas au personnel. Il aurait fallu 1500 réanimateurs! On a créé des lits de réanimation sans réanimateurs.

On peut d’ailleurs considérer le problème à l’envers: avec 200 réanimateurs dans le public, on ne peut assurer en principe que 400 lits de réanimation. En tenant compte de la répartition territoriale, il est logique que dans les villes à pic épidémiologique, on soit proches de la saturation. Si l’on ajoute la CNSS, les structures privées et militaires, on est probablement autour d’une capacité fonctionnelle de 700 lits de réanimation.

Les réanimateurs refuse de s’attarder sur ce problème: « En temps de guerre, il faut s’adapter, laisser de côté les discours négatifs. Nous arrivons à former des médecins ou du personnel paramédical pour une partie des gestes de réa ». Et pourtant, cela fait 5 ans que la SMAR a alerté sur le besoin vital en réanimateurs.

La pénurie de ressources humaines ne concerne pas seulement les médecins réanimateurs mais également le personnel paramédical, poursuit notre interlocuteur. « Je salue les efforts de l’Etat en nous dotant d’équipements, de lits, de respirateurs; mais on ne peut pas cloner un anesthésiste réanimateur. On a surexploité, dans le sens positif du terme, cette communauté engagée. Il y a eu des efforts très louables pour remobiliser d’autres spécialités vers es soins intensifs et redéployer une partie des ressources humaines vers la lutte anti-Covid ».

« Ne soyons pas utopiques. Dans le contexte actuel, al seule solution qui nous reste est d’optimiser les ressources disponibles. La pandémie tue. Il faut regarder chaque jour le nombre de guérisons, pour moi c’est le meilleur indicateur pour rester mobilisés et aller vers l’avant ».

Et le respirateur marocain tant vanté? Les recherches que nous avons effectuées au sein des structures médicales publiques ou privées ne nous ont pas permis d’en trouver trace. S’il est utilisé, cela ne peut être qu’à toute petite échelle.

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